Bingo Shigonawa : disparition d’un maître du shibari japonais
Bingo Shigonawa, maître japonais du shibari, s’est éteint : hommage à une figure majeure du kinbaku
Tokyo, novembre 2025. Le monde du shibari est en deuil. L’artiste japonais Bingo Shigonawa, figure emblématique du kinbaku contemporain, est décédé il y a quelques jours. Co-fondateur du mythique UbU Bar de Tokyo, pédagogue passionné et performeur au style immédiatement reconnaissable, il laisse derrière lui une communauté bouleversée, orpheline de l’un de ses maîtres les plus inspirants.

Un style reconnaissable entre mille
Bingo Shigonawa était connu pour un shibari d’une fluidité exceptionnelle. Beaucoup décrivaient sa corde comme un fluide vivant, glissant sur la peau avec la douceur et la précision d’un souffle. Il avait une façon unique de transformer chaque mouvement en geste naturel, chaque tension en caresse, chaque suspension en dialogue silencieux entre deux corps.
Sa philosophie reposait sur un principe simple :
la corde n’est pas un outil, c’est un langage.
Un moyen de communication sensible, où rigueur et vulnérabilité se croisent, où la beauté émerge de l’harmonie entre l’esthétique, la respiration et la présence.
Les cordes violettes qu’il affectionnait tant étaient devenues sa signature visuelle. Elles s’inscrivaient dans un univers très marqué par la tradition japonaise : atmosphères de tatami, kimono rouge, lumière tamisée… tout chez lui évoquait le Japon intemporel, celui du geste lent et maîtrisé.
Un autodidacte devenu maître international
Shigonawa aimait rappeler qu’il avait commencé « par curiosité et par introspection, sans imaginer un seul instant que la corde transformerait sa vie ». Très vite, sa maîtrise l’amène au-delà des frontières japonaises.
Il performe en Europe, en Australie, aux États-Unis, donnant des stages, des ateliers, des conférences. Sa façon d’enseigner est douce mais exigeante. Il ne se contente pas de montrer : il transmet une éthique, une manière d’être, un sens du respect profondément ancré dans la tradition du kinbaku.
Parmi les nombreuses anecdotes de sa carrière, l’une des plus fortes reste cette performance à Paris où le public, frappé par son calme absolu, jurait que la corde « coulait » comme de l’eau. Une autre, plus intense, raconte cette performance en duo où tendresse et cruauté s’entremêlaient avec une précision quasi chorégraphique, laissant la salle sous tension et admiration.
Le UbU Bar : son royaume, son laboratoire
Pour beaucoup, Bingo Shigonawa restera indissociable du UbU Bar, ce petit établissement de Shinjuku devenu légendaire.
Ouvert dans les années 2010, UbU n’était pas un simple bar : c’était un laboratoire artistique, un lieu d’expérimentation, une scène nouvelle pour le kinbaku tokyoïte.
C’est là que de nombreux artistes ont découvert Shigonawa pour la première fois.
C’est là qu’il enseignait, qu’il testait, qu’il improvisait.
C’est là, surtout, que naissait ce lien si particulier entre lui et la communauté de Tokyo : intime, chaleureux, profondément humain.
Beaucoup racontent l’avoir rencontré au comptoir, un verre de shōchū à la main, prêt à discuter de corde comme d’esthétique, de technique comme de philosophie. Il avait ce talent rare de mettre à l’aise, de transmettre sans écraser, d’encourager sans juger.
UbU restera comme l’un des hauts lieux du kinbaku moderne, et une partie de son âme lui appartiendra toujours.
Un héritage tissé d’art et de bienveillance
Au-delà de ses performances, Bingo Shigonawa était reconnu pour sa grande humanité.
Pour lui, la corde n’était jamais une démonstration de pouvoir, mais un acte de présence.
Il insistait sans cesse sur le consentement, l’écoute, la sécurité, la responsabilité mutuelle.
« La beauté du kinbaku naît du respect que l’on porte à l’autre. »
Cette phrase, souvent répétée par ses élèves, résume ce qu’il a laissé au monde.
Son approche poétique du shibari, son respect des traditions, sa créativité, et sa façon d’accueillir toutes les sensibilités ont façonné une génération entière d’artistes.
Aujourd’hui, dans les studios d’Europe, dans les bars tokyoïtes, dans les festivals où il avait ses habitudes, ses techniques et son esprit continuent de vivre.
Son nom reste associé à un shibari précis, élégant, sensible – un shibari profondément humain.

Un dernier adieu
La disparition de Bingo Shigonawa est une perte immense.
Mais son héritage, lui, est là : dans chaque atelier où l’on parle de respiration, dans chaque performance où la corde devient poésie, dans chaque geste appris et transmis avec respect.
Bingo Shigonawa restera une figure majeure du kinbaku.
Un maître.
Un passeur.
Un artiste qui aura rappelé à toute une communauté que la corde relie, révèle, et parfois même, guérit.
Il nous laisse une œuvre, un style, et une mémoire tissée de beauté et d’humanité.
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